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Le poids des apparences

Bonjour à toutes et à tous,

Je voulais partager avec vous une proposition de lecture : "Le poids des apparences - Beauté, Amour et Gloire, un livre de Jean-François Amadieu, sociologue français spécialiste des relations sociales et directeur de l’Observatoire des discriminations.

En voici l’Avant-propos :

"Soyez naturel ! Soyez vous-même ! Soyez bien dans votre peau ! A en croire ce slogan, répété à l’envi dans les magazines, le naturel serait la clef du succès amoureux et professionnel. Dans la vie, il s’agit de se montrer tel que l’on est, sans artifice et sans effort de présentation particulier. Le naturel relève nos vraies qualités alors que les efforts réalisés pour accéder à une certaine beauté sont des marques et des formes de tromperie. On ne voit bien qu’avec le coeur, disait déjà Saint-Exupéry. Les proverbes, aussi, mettent en garde contre les apparences, toujours trompeuses, qui serviraient à dissimuler la noirceur d’une âme mauvaise. Tout comme les sondages qui semblent indiquer que l’apparence physique et la beauté sont des critères superflus quand il s’agit d’épouser la personne qu’on aime ou de décrocher un travail.

Mais faut-il croire les magazines, les proverbes, les sondages ?

Curieusement, alors que la vie de tous les jours nous fournit toutes sortes de preuves de l’importance du paraître, nous persistons en France à ne pas vouloir l’admettre. Une sorte de voile pudique semble jeté sur cet aspect du fonctionnement de notre société, comme s’il ne fallait pas minimiser le rôle de l’apparence physique.

L’apparence continue donc, particulièrement en France, à être tenue pour une question de chiffons et une préoccupation frivole. On ne s’est pas beaucoup penché sur l’impact qu’elle avait sur la vie amoureuse et sexuelle. On ne s’est pas demandé sérieusement dans quelle mesure les salariés n’étaient pas recrutés et payés à la tête du client. On ne s’est pas guère efforcé de savoir si la sympathie ou le pouvoir de conviction d’un homme politique ne dépendait pas tout simplement de sa bonne mine ?

Rares sont les sociologues, les économistes ou les psychologues qui ont vraiment prêté attention à cette question négligée, dévalorisée, raillée ou ignorée. Dans les années 1970, Pierre Bourdieu avait bien signalé que l’apparence constituait un des ingrédients de la reproduction sociale, mais il fut parmi les quelques sociologues français à lever partiellement le voile. Ce sont surtout les publications américaines qui, depuis trente ans, traitent de l’impact du physique sur l’ensemble de notre vie sociale.

Il y a longtemps, pourtant, des sociologues comme Marcel Mauss ou Georg Simmel ont souligné que des questions, à priori triviales, comme la coquetterie, la mode, les odeurs ou l’apparence physique constituaient des domaines à explorer. Pour Simmel, par exemple, c’est en cherchant à comprendre les "questions de chiffons", les détails de la vie quotidienne que l’on peut espérer un jour comprendre vraiment le fonctionnement de nos sociétés.

Notre vie est d’abord faite de rencontres, d’attirances ou de répulsions. Le pays dans lequel nous vivons et le groupe social qui est le nôtre nous transmettent des critères pour distinguer le beau et le laid, les bonnes et les mauvaises odeurs, les voix agréables des voix antipathiques. Ces critères sont déposés en nous dès le plus jeune âge de sorte que le sentiment que nous éprouvons à l’égard de telle ou telle personne prend une force particulière. Quand nous disons que nous ne pouvons pas sentir quelqu’un, que c’est plus fort que nous, que c’est physique, nous exprimons, en fait, un sentiment profond et irrépressible. Cette réaction affective très forte s’accompagne d’un travail d’observation et d’analyse. Après avoir été attiré ou dégoûté de manière spontanée et subjective, nous allons chercher à connaître l’autre, à faire parler son visage, ses gestes, son allure, ses vêtements. Notre réaction affective et inconsciente est complétée par un examen lucide et conscient de la personne que nous regardons. Simmel explique que l’impact énorme de l’apparence mais aussi de la voix et de l’odeur d’un individu provient justement de l’imbrication d’éléments pulsionnels et d’informations précises.

Il nous semble que le devenir de chacun et l’organisation de notre société se comprendront mieux si l’on regarde de plus près pourquoi et comment des considérations physiques se retrouvent ainsi au coeur de ces mouvements d’attraction ou de rejet, d’imitation ou de distinction, d’intégration ou d’exclusion, d’élection ou de disgrâce. Certes, il n’est pas très glorieux de constater que l’une des origines des inégalités réside tout bonnement dans l’apparence des individus. C’est pourtant la vérité : notre corps, notre visage, nos vêtements et notre allure générale jouent un rôle essentiel dans notre destinée.

Le moment est peut-être venu de dire clairement la vérité sur l’un des facteurs les plus obscurs de discrimination sociale. Par cet ouvrage, nous voudrions pouvoir contribuer à cette prise de conscience dans un pays qui se plaît à ignorer et minimiser le poids des apparences."

Bonne lecture !

Muriel Morel
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